dimanche 29 mars 2009

...a tutte le auto della polizia



alias : Calling All Policecars
1975

Cinéaste : Mario Caiano
Comédiens : Antonio Sabato - Ettore Manni - Luciana Paluzzi - Enrico Maria Salerno
Vu en dvd

Ce polar italien a un côté pneu rechapé. Hein? Qu'est-ce qu'il dit? J'entends par là qu'Ettore Manni perd ses plumes, s'empâte. On est en 1975.

La sublime Luciana Paluzzi peine à cacher ses rides et surtout son manque de passion pour le film. Un film qui il est vrai marque pour sa profonde médiocrité parfois. Ces deux comédiens, surtout la dame, étaient pour moi les deux phares (du bis mais phares quand même) vers lesquels mon intérêt pointait le regard. J'avoue que l'actrice italienne -avec ici un visage pourtant fermé- n'est pas sans attrait. Ses petites ridules, son léger strabisme divergent sont en tout point charmants. La dame est encore à croquer.

C'est vraiment dommage qu'une attention plus soutenue n'ait pas été portée au scénario et aux dialogues lesquels sont parmi les plus indécents de nullité qu'il m'ait été donné d'entendre (ou de lire en l'occurrence). Quelle horreur d'écouter les personnages nous décrire ce qu'ils font, ce que l'on sait déjà ou exprimer des considérations d'une imbécilité crasse. J'ai vraiment peine à croire qu'un scénariste digne de ce nom se soit penché sur ce film. Véritablement.

Seules quelques scènes d'action permettent au spectateur de se réveiller entre les discussions vaseuses, inintéressantes au possible. Les personnages sont ainsi marqués du sceau de l'ineptie la plus féroce. Rédhibitoire. Difficile après de trouver au film des circonstances atténuantes.

Bref, ça sent la commande à plein nez, le film à recettes (serial-killer, sang, scènes de nichons, poursuite en tutures, flic moralisateur, police scientifique, corruption des élites, jeunesse en perdition, etc.) avec des vedettes sur le retour (Manni, et excusez miss Paluzzi). Un film assez pitoyable en somme.

Slugs



2004
Titre anglophone : Slugs
Titre original : Nacktschnecken

Cinéaste : Michael Glawogger
Comédiens : Raimund Wallisch - Michael Ostrowski - Iva Lukic - Sophia Laggner - Georg Friedrich

Vu en dvd

Par son sujet, Slugs se rapproche d'un cinéma de comédie populaire qui, des Charlots à 40 ans et toujours puceau, explore à satiété le thème des brêles incapables de sortir de l'adolescence. Ici deux losers patentés, trentenaires et célibataires comme il se doit, accompagnés d'une copine tout aussi paumée, décident de produire un film porno. Après un casting laborieux, le tournage vire vite, évidemment, aux crises de nerfs, remise en question et beuveries foutraque.

Ce qui surprend le plus, c'est que ce film n'est pas aussi mauvais qu'il en a l'air.
Par-ci, par là, un plan vient fleurir la bouse, une séquence dégage une certaine émotion, quelques notes de poésie, un dialogue où les acteurs soudainement sont touchants.

Quelques comédiens s'en tirent même très bien. Je pense notamment à l'un des deux acteurs principaux, Raimund Wallisch qui sait manifester une certaine vulnérabilité.

Georg Friedrich plante un personnage complètement fou, un excentrique pur jus avec une joie communicative. Je le retiens celui-là. Je l'ai trouvé très original dans sa manière risquée de créer son personnage.

Mais les comédiennes ne sont pas en reste. Parmi elles, je pointerai volontiers un tout petit rôle, incarné avec simplicité et humour, celui d'Elizabeth Holzmeister.

Et donc, tant bien que mal, le film émet de temps en temps des idées farfelues, amusantes et même parfois fort jolies. Un film pas extraordinaire, mais paradoxalement très curieux. Je ne pense pas qu'il cache une petite merveille, non, ce n'est pas un bon film mais le peu qu'il offre est par moment plaisant. C'est déjà ça.

vendredi 27 mars 2009

Children of Men



2006

alias : Les fils de l'homme

Cinéaste : Alfonso Cuarón
Comédiens : Clive Owen - Julianne Moore - Michael Caine - Chiwetel Ejiofor - Peter Mullan
Vu en dvd

Techniquement le film fait très bonne figure, c'est peu dire! La caméra sur le mouvement est assurée. Les longs plans-séquences donnent à l'action une intensité dramatique peu commune. Avec des effets spéciaux remarquablement dans le mouvement ces scènes apparaissent d'une fluidité renversante et le spectateur est partagé entre saisissement dû au suspense et plaisir devant un tel défilement d'images limpides. Je fais référence ici essentiellement à l'attaque en forêt dans la première partie du film et l'insurrection des refs à la fin. Sur cette dernière scène, le spectateur a bien du mal à reprendre son souffle tant le plan s'étire en longueur.

Stupéfiant dans un premier temps, on ne peut guère échapper tout de même au vague sentiment que Cuaron fait le fanfaron, se fait plaisir en s'offrant là un challenge technique, plaisir un brin narcissique, un chef d'œuvre (de ceux que les compagnons de France doivent produire à la fin de leur formation), histoire de faire démonstration de son habileté ouvrière, de son savoir-faire à manier la caméra et le récit. Quelque part un peu vain, non? Je me pose la question malgré le fait que l'action est ainsi encore plus intense, c'est indéniable, haletant et puissant. Je ne sais pas. Ce sentiment nait sans doute aussi -rétrospectivement je me fais la réflexion- du léger malaise que j'ai ressenti dans les scènes suivantes avec la population assiégée et les soldats assaillants qui découvrent la présence de l'enfant. Le temps est suspendu. C'est beau.

Mais les hommes se signent, les femmes tendent les mains pour toucher le nouveau né. Là, je ne peux m'empêcher de rigoler, de sortir du beau. Le symbolisme religieux à la con, que je craignais de plus en plus de voir mettre le bout de la croix dans le film, explose alors à l'écran. Je m'empresse de souligner que ce ne sont à vrai dire que des scories, qui n'altèrent que brièvement le plaisir enfantin que suscite le film la plupart du temps.

La photographie est un de ces éléments de la réalisation qui caressent le spectateur dans le sens du cil. Très belle, majoritairement bleutée (la sortie de l'égout à la fin est une véritable œuvre picturale).

Ce type de photographie est généralement de celles qui me déplaisent volontiers. Je suis rétif à l'association gris-bleu-vert que je relie souvent à un travail salopé quasi monochromatique et peu naturel. Bien entendu que c'est totalement subjectif! Mais là, bizarrement, ça se marie si bien au genre apocalyptique, à la campagne anglaise, et au ton désespéré de l'histoire.
De plus, les contrastes sont bien marqués. Les personnages et les décors sont nettement dessinés, les lignes épurées. Je ne sais pas trop à quoi cela est dû, au travail du chef-op sur les couleurs, à la compression ou l'édition du dvd, peu importe. Le résultat m'a énormément plu, le visionnage était un délice visuel.

Autre grand sujet de gourmandise et de satisfaction, les comédiens au premier rand desquels se situe un Clive Owen que j'aime de plus en plus. Cet enfoiré, non content d'avoir une gueule et du chien à faire douter de mon orientation sexuelle, il se paye le luxe de jouer juste! Son rôle ici n'est pas grande envergure mais le peu qu'il a à produire est donné au bon moment sur un tempo adéquat.

Belle prestation itou, certes avec un personnage loufoque, de Michael Caine étonnant en hippie magouilleur. La prestation de Julianne Moore est trop courte pour avoir inscrit grand chose dans mon regard. Par contre, celle de Mullan, malgré sa brièveté, restera pour moi comme un mauvais souvenir. Je ne suis pas parvenu à accepter son numéro de cabotin. Il m'a semblé excessif dans son personnage grotesque. Dommage mais pas grave.

L'essentiel réside ailleurs. De la belle ouvrage, avec une image attrayante, une fluidité dans le mouvement, une technique irréprochable devant et derrière la caméra : un très bon divertissement.

jeudi 26 mars 2009

The War Zone



1999
Cinéaste : Tim Roth
Comédiens : Annabelle Apsion - Kate Ashfield - Lara Belmont - Colin Farrell - Ray Winstone

Un film coup de poing dans le ventre, suivi de coups de coude dans les gencives et pour finir coups de genoux dans les glaouis. On sort de là l'estomac patraque et la cervelle hachée par la violence du propos.
Cet écœurement doit évidemment forcément le plus à son sujet, l'inceste et la folie de ce père qu'on ne peut pas entendre, qu'on ne peut pas accepter tel quel. Humainement impossible.
Alors cette incompréhension qui éclabousse, cette possibilité de comprendre qu'il nous vole, le film nous les met devant les yeux. Il nous empoigne soudain et nous met la tête dedans. Comme le jeune frère à travers la fenêtre ou la caméra. Evidemment c'est une violence qui marque autant le corps que l'esprit. Le visionnage est d'autant plus éprouvant que les comédiens, ces salops, jouent avec une vérité stupéfiante, spécialement Lara Belmont et Ray Winstone.

Mais les acteurs ne sont pas les seuls à apporter à cet édifice dérangeant. Le metteur en scène Tim Roth marque à bon escient son soucis d'habiller ce quotidien de souffrances et de mensonges de décors expressifs : l'austère et isolée maison, les récifs déchirés, le bunker froid et sombre, ces routes sinueuses, cette boue partout, cette pluie froide et suintante, le fracas des déferlantes au loin ou le vent qui crie dans la lande alentour. Désolation et solitude de celles qui font s'étrangler à force de pleurer le visage perdu de Lara Belmont.

Bien entendu que ce n'est pas un film qu'on regarde tous les mois par plaisir. Comme Salo, il faut de temps en temps oser affronter la folie et l'horreur des hommes, parce que c'est la vie, que c'est une réalité pour certains. Le cinéma parfois oublie plaisir et divertissement pour ouvrir les yeux du spectateur sur des réalités glauques. Et si le cinéma peut permettre d'approcher un petit peu de l'horreur, la vraie, c'est finalement d'un grand bénéfice. C'est aussi ça le ciné et tant mieux.

Mais au-delà de l'histoire, on retiendra bien sûr la maîtrise du cinéaste sur sa narration et sa direction d'acteurs. Juste, propre, net, sans concession, du cinéma brut, ni putassier et complaisant, ni esthétisant et moralisateur. Les faits, rien que les faits. Des personnages réels, concrets, corps et âmes et une situation infernale tout aussi vraie.

Kanzashi



1941
alias : Ornamental hairpin

Cinéaste : Hiroshi Shimizu
Comédiens : Kinuyo Tanaka - Chishu Ryu - Tatsuo Saito - Shinichi Himori

Vu en dvd


Deuxième Shimizu pour mézigue et toujours une découverte progressive, un pas à pas curieux, un mouvement très doux tout le long du film, parfois étonnant, me laissant dans une sorte d'expectative et d'autres fois où une forte émotion vient me serrer la gorge, me saisissant tout net.

D'abord je suis étonné de trouver un début identique à Anma to onna (Une femme et ses masseurs). Il avait introduit ce film là par le trajet de deux masseurs aveugles sur une route forestière au bord d'une rivière, les deux masseurs allant travailler dans des auberges auprès des pélerins venus au village pour les thermes. Ici, on a quasiment le même décors. La forêt parait plus dense, le cadre insistant sur la hauteur des fûtaies. Je me demande si ce n'est pas le même village. La rivière est identique.

Certes ce n'est plus un groupe de masseurs qui marchent mais des femmes, sans doute pour certaines des geishas. D'ailleurs l'héroïne principale, jouée par la subtile Kinuyo Tanaka, a fui Tokyo et un homme qui sans doute l'entretenait. N'y voyez pas malice, mais je suppute, car rien de tout cela n'est explicite. On apprend juste qu'elle ne retrouvera sûrement pas son appartement, que l'homme la recherche et a tout cassé chez elle.

Cette assez courte présentation du personnage est vite abandonnée pour se tourner vers la présentation des clients d'une auberge, tous venus passer l'été à se relaxer avant de retourner à Tokyo : un écrivain volontiers râleur mais au fond bienveillant, un jeune couple de mariés dont l'époux demande continuellement l'avis de sa femme au grand dam de l'écrivain, un jeune homme, joué par Chishu Ryu, accompagné de ses neveux. Ce dernier se blesse au pied en marchant sur un peigne d'ornement que la jeune femme avait fait tomber dans le bassin des thermes. C'est en venant présenter ses excuses et en proposant de l'assister tout le long de sa convalescence qu'elle intègre la petite communauté de l'auberge. Elle tombe vite amoureuse du jeune homme mais reste la question de la réciprocité qui donnera sa solution qu'à la toute fin. Evidemment.

Voilà à peu près résumée l'histoire du film et ses enjeux sentimentaux tournent autour de cette idylle naissante qui fait ressentir la profonde dépendance et la faiblesse de cette jeune femme. C'est peu dire qu'on est du coup à mille lieues d'Anma to onna, c'est l'exact contre-pied tout en traitant finalement le même sujet : la naissance de l'amour et les relations de dépendance affective que cela implique. Dans Anma to onna, la jeune femme était totalement indépendante, ici au contraire, elle se retrouve dans une position des plus inconfortables, moins vis à vis de ses sentiments que de la société d'ailleurs.

Quand j'évoquais au début de ma critique de l'étonnement et de l'expectative c'est aussi pour essayer de définir les sentiments qui m'ont traversé presque tout le long du film. Shimizu en effet intègre son sujet central dans une atmosphère très étrange, difficile à traduire. Mais l'on peut souligner tout d'abord un humour très souvent présent, bon enfant, quelques rares fois un peu trop répétitif. Par exemple avec le mari qui ne peut s'empêcher de demander l'opinion de sa femme et qui devant le regard réprobateur de l'écrivain bafouille de vagues excuses penaudes, c'est drôle les deux premières fois mais au bout de la dixième j'avoue une petite lassitude.
Par contre, et c'est largement ce qu'on retient avant toute chose, Shimizu parvient à créer une ambiance très agréable, une convivialité, pleine d'humanité, de sérénité et de simplicité en proposant dans le détail anecdotique ces tranches de vie qui accompagnent le thème principal. Tous ces petits rôles secondaires décorent le récit. Comme de petites lucioles, ils éclairent de leurs diverses lumières colorées la trajectoire de ce couple indécis. Investissant sur des personnages très humains, non dénués de défauts mais toujours proches les uns des autres, le cinéaste donne à son histoire une sorte d'assise, de soutien fondamentalement heureux (dans tous les sens du terme, bonheur et justesse).
Une empathie pour le personnage de Kinuyo Tanaka nait de ce cadre charmant et donne une plus grande ampleur au dénouement, très émouvant.

Sa mise en scène va souvent à l'essentiel : des travellings lents, descriptifs ou d'accompagnement ; l'idée elliptique du journal des enfants ; le rôle que ces enfants joue dans l'expression indirecte du monde des adultes ; les séquences en caméra fixe et plan large englobant une nature généreuse et apaisante. Tout ceci aide à imprimer une cohérence parfaite au récit.

Le rythme est doux, peut-être parfois un peu trop lent même, mais généralement il assure au spectateur un petit voyage d'un peu plus d'une heure au coeur d'un groupe de personnages sympathiques où se jouent des destins auss simples qu'émouvants.

mardi 24 mars 2009

Anna Boleyn



1920
alias : Anne Boleyn
alias : Deception

Cinéaste : Ernst Lubitsch
Comédiens : Emil Jannings - Aud Egede Nissen - Hedwig Pauly-Winterstein - Henny Porten
Vu en dvd

Il faut de tout pour faire un monde, même un Lubitsch qui ne me plait pas. J'en aurais vu au moins un dans ma vie. C'est fait. Celui-là ne fait pas dans la demie mesure, il marque bien, au fer rouge. La vache!
Cette Anna Boleyn constitue pour moi dans la filmographie magique du cinéaste un mystère synonyme de souffrance telle que ce fut un profond soulagement quand le film s'est terminé. Que j'avais hâte qu'on lui coupe la tête!

Dès les premières minutes, la comédienne Henny Porten m'est apparue comme antipathique. Sans charme, je me demandais bien ce que pouvait lui trouver son Henry Norris et Henry VIII. Je donnai ma langue au chat sur cet aspect. Sortilège des modes et piège des tendances. Quand le vent tourne, ce sont tous les sens qui sont tourneboulés. Soit.
Mais bien vite l'indifférence laissait place à une certaine gêne, puis à une franche irritation devant le personnage d'Anna Boleyn et ses simagrées, toujours subissant les événements. Une femme ballottée, esclave du monde oppressant qui l'entoure, n'a pourtant rien à voir avec l'image flamboyante, vive et solide de la femme lubitschienne.

Le mystère sur ce film s'épaissit au fur et à mesure que mon exaspération monte à l'égard de ce personnage tout en gémissements, plaintes et main sur le front pâlissant. C'est d'un chiant! Des envies de meurtre vous montent à la gorge. Le palpitant est mis à rude épreuve, croyez-moi. Surtout que la comédienne n'économise aucun effet mélodramatique et en rajoute quinze tonnes. Quand Emil Jannings (Henri VIII) apprend qu'il n'a pas un descendant mais une fille pour bébé, il se mêle de jouer les mêmes effarouchées. A ce moment là, ma paupière gauche s'est mise à cligner sans raison. J'ai pris le couteau sans m'en rendre vraiment compte m'sieur le juge. C'est pas ma faute m'sieur le juge.

lundi 23 mars 2009

Carnival of Souls



1962
alias : Corridors of Evil

Cinéaste : Herk Harvey
Comédiens : Candace Hilligoss - Frances Feist - Sidney Berger - Art Ellison
Vu en dvd

Très appréciable réalisation, malgré le peu de moyens évident. Herk Harvey est constamment en recherche graphique que ce soit dans les angles, les cadrages. La caméra est très souvent fixe ; je me demande même si elle n'est toujours fixe à vrai dire... Quoiqu'il en soit il fait montre de prises de risque dans la stylisation dès le générique avec des plans sur les ondes du fleuve qui jouent sur les lignes. Cela permet d'emblée de mettre le spectateur dans une sorte d'attente intéressante. La musique à ce propos accompagne judicieusement le récit. Et l'usage des orgues est pour le moins judicieux pour fouiller l'âme et l'indéchiffrable visage de Candace Hilligoss.

Cette actrice est fascinante. Elle a sous certains angles un visage très conventionnel pour l'époque et néanmoins très très beau et fortement sensuel. Tandis qu'elle parvient dans les moments de grande tension à le défigurer, à lui donner une expression d'effroi assez remarquable. Ses yeux exorbités foutent vraiment les jetons.

Je ne connais pas les comédiens. A voir sur imdb il semblerait qu'ils soient les héros de cette seule aventure cinématographique. De là à penser qu'ils sont amateurs, il n'y a qu'un pas que la médiocrité de leur jeu incite encore plus à faire. Quand je parle de médiocrité je pense surtout à Sidney Berger. Il est vrai qu'il a hérité d'un personnage ultra lourdingue.
La qualité du jeu des comédiens dans les scènes ordinaires n'a finalement que peu d'importance.

Ce qui compte le plus c'est la capacité du cinéaste à faire monter la pression chez son personnage principal. Boule de neige : les spectateurs de se demander quel est la nature profonde du problème auquel est confrontée miss Hilligoss.
D'autant que les promesses des belles et mystérieuses images du générique sont tenues tout le long du film. C'est plastiquement très bien fait.

Formellement joli et bien chiadé, il n'en demeure pas moins qu'une fois le film terminé, je ne me retrouve avec une histoire qui ne m'a pas touché, ni réellement intéressé, mais uniquement au mieux intrigué. Je crois que c'est la mise en scène qui a tenu mon attention plus que l'histoire en elle même finalement. Et sans doute faut-il en profiter pour saluer encore une fois la restitution superbe de Criterion.

dimanche 22 mars 2009

Poisson d'avril




1954
Cinéaste: Gilles Grangier
Comédiens: Bourvil - Annie Cordy - Louis De Funès - Jacqueline Noëlle - Maurice Biraud - Louis Bugette - Pierre Dux - Denise Grey

Notice Imdb
Vu en dvd

J'aime beaucoup ce film. Et pourtant, a priori, il n'a rien d'exceptionnel et même pourrait-dire dire sans faire scandale qu'il fait partie de ces tout petits films commerciaux bâtis uniquement sur leur vedette. Un film à vocation lucrative. Modeste sur le plan cinématographique et que certains ne manqueront pas de trouver tristement banal.

Pourtant je ne peux m'empêcher d'y trouver mille menus détails d'une infinie richesse. Étonnante subjectivité. Il me faut avouer que l'essentiel de mon plaisir à voir ce film ne provient pas de qualités "standards", de type cinéphilique ou technique mais bien plutôt de qualités parallèles, pas forcément maitrisées, pensées, décidées par les auteurs.
Il est question de temps, d'époque. J'aurais envie de parler de nostalgie encore une fois, une de mes manies, mais le terme n'est pas ici forcément le plus adéquat. Je n'ai pas connu l'époque où a été tourné ce film. Il y a cependant une respiration qui me rappelle quelque chose, peut-être une insouciance, celle de mon enfance, ou disons dans laquelle baignait une partie de mon enfance. Peut-être est-ce une construction analytique personnelle, que j'ai envie de voir dans mon enfance ce genre d'insouciance? Quoiqu'il en soit, ce film, cette histoire, ces personnages me parlent. Des images me parlent. Des objets, des attitudes. Il y a là un mystère sur lequel je ne cesse de m'interroger.

Poisson d'avril est de ces films qui appartiennent totalement à leur époque. Celui-ci à l'après-guerre. Cela fait huit-neuf ans que la guerre est finie, la reconstruction bat son plein. Cette histoire est traitée d'une manière édulcorée et cela donne un caractère tout particulier à ce film.

On a là une histoire qui confronte deux milieux sociaux bien distincts, réunis par un adultère et une circonstance extraordinaire (l'enquête d'un garde champêtre joué par De Funès, à noter qu'au générique, il n'a pas encore imposé son prénom, signe d'une certaine proximité ou connivence avec le public, déjà). Cet adultère est peut-être le seul élément de subversion. Et encore est-il présenté comme un événement acceptable, presque naturel. La cousine de Bourvil, Jacqueline Noëlle, vit aux crochets d'un vieux beau, fortuné Pierre Dux, qui l'entretient dans une maison de campagne près de Paris. Y coule une rivière poissonneuse. Jacqueline Noëlle invite Bourvil à y venir pécher le dimanche, en cachette de sa femme.

Film d'époque, l'histoire nous présente des comportements largement disparus de nos jours, ou alors qui paraîtraient foncièrement déraisonnables, si ce n'est immoraux.
Bourvil est mécano et passe son temps tout comme son patron à flâner dans les grands magasins du centre ville (le "Bazar de l'Hôtel de Ville" pas encore acronymé en BHV, encore qu'une affichette le désigne ainsi sur un plan fugace) ou alors au café appelé la "succursale" du garage.

On y joue au baby-foot, on y picole des petits blancs, on y discute, on y rigole, on y paye des coups "sur mon compte". Au garage c'est tout aussi léger : on y gruge avec le sourire entendu un riche client, un brin crétin, le pauvre Jean Hébey.

Bourvil se fout royalement des récriminations puis de la contre-danse que lui met le garde-champêtre. Sa cousine conduit sans permis. Bourvil lui indique qu'effectivement elle n'en conduira pas pour autant mieux mais que des lois sont passées, qu'elle risque d'avoir des problèmes. Il ne s'en formalise pas plus. L'adultère auquel elle se livre ne l'effarouche pas vraiment. Tout au plus lui dit-il qu'elle ferait mieux de se ranger.
D'autre part la rencontre entre Denise Grey -l'épouse trompée de Pierre Dux- et Annie Cordy -celle de Bourvil- met en lumière un fait étonnant : l'épouse trompée ne semble pas se révolter plus que cela de l'adultère de son mari. "Encore un" semble-t-elle penser. C'est pourtant elle qui tient les cordons de la bourse. On ne divorce donc pas encore à l'époque? Annie Cordy a bien du mal à croire que son mari en fait autant. Quand elle sera convaincue, sa réaction sera explosive quant à elle.

Les différences entre les milieux populaires et grand bourgeois donnent lieu à quelques gags, habituels mais en aucun cas elles ne suscitent une indignation ou une quelconque revendication. C'est avec un naturel désarmant que Bourvil s'acquitte de sa tache (passer pour le fiancé de Jacqueline Noëlle pour étouffer les soupçons de Denise Grey à l'égard de son mari). Pierre Dux fait passer Bourvil pour le propriétaire de son garage alors qu'il n'est qu'ouvrier. être ouvrier est encore un statut un peu honteux pour les gens de la haute. Bourvil, lui, s'en cogne un peu, c'est bien Dux qui ne peut envisager d'avoir un ami prolo, même si cette amitié est fondée sur des faits de guerre. Bourvil lassé de jouer la comédie plus que d'être déconsidéré socialement s'irrite d'avoir à mentir à sa femme. Il trouvera une rétribution dans l'extorsion d'une machine à laver, contre prix de cette comédie.

Objets et parures divers viennent visuellement témoigner de l'époque décrite, tout autant sinon plus que les comportements des personnages.
Ce désir ardent de machine à laver chez Annie Cordy et l'œil circonspect de Bourvil vissé sur les affiches de prix trop exorbitants pour les modestes ressources de son foyer viennent rappeler la fièvre acheteuse, la découverte jouissive de la consommation de masse lors des premières années des trente glorieuses. Quand enfin la machine est livrée à l'appartement, Annie Cordy s'illumine. Orgasme démultiplié par le fait qu'elle apprend que son mari ne l'a pas trompé comme elle le croyait.

La France sort à peine de la guerre. Plein d'objets nous l'attestent. L'époque est visible partout.
La voiture du garage est une Jeep récupérée dans le stock américain et adaptée pour les dépannages.

Les bars font de la place pour le baby-foot. Un cheval tire un rouleau à la campagne.

Pas de tracteur en vue. Les rues sont encore largement pavées. Des hangars sont encore en partie faits de bois.

Les rues de Paris ne sont pas submergées de voitures, le trafic est peu dense.

Les voitures sont légions à évoquer un temps oublié. A commencer par le taxi ou la voiture de Pierre Dux, sortes de traction avant des années 20/30.

Celle de Jacqueline Noëlle représente la modernité carrossée avec son auto-radio et sa coupe effilée : une Panhard. Qui se souvient des Panhards?

Qui se rappelle ces distributeurs manuels d'essence antiques?

La France redécouvre les loisirs. Jacqueline Noëlle arbore fièrement sa tenue de jardinage. Bourvil s'octroie l'acquisition d'une canne moderne (en bambou hawaïen, héhé) pour pécher le dimanche.
L'époque marque aussi le film dans les décors et le goût de chiottes prononcé des contemporains. Bars maritimes, sculptures en évidence, coussins à froufrou démontrent que possession et ostentation sont les deux mamelles de la mode domestique de ce temps frivole. La manque durant la guerre fait place à la charge des temps d'abondance. Rattraper le temps et l'espace perdus.



Bien entendu, tout ce qui a été décrit jusqu'ici ne suffit pas pour expliquer le plaisir que j'ai eu à suivre ces personnages. Il n'est pas juste question d'habillage d'un réel passé. Il a fallu pour que le film soit agréable qu'il y ait un tant soit peu de talent derrière cette forme. Le film en effet n'en manque pas.
Au scénario, Grangier s'adjoint les services de Carlier, que je ne connais pas, mais surtout du dialoguiste Michel Audiard, qui à ce moment là n'en est plus à son coup d'essai, il commence à avoir un peu de bouteille. Le porteur de casquette n'en est pas à inventer un parlé bien à lui, fleuri et imagé, d'une liberté ébouriffante, mais par-ci par-là, son écriture transpire. Aucun doute.
Il serait totalement injuste de voir dans ce scénario qu'un assemblage de dialogues. Il respire l'équilibre et la simplicité. En un mot, il est efficace. On profite d'un travail solide, bien balancé. Les différents temps du film respectent une symétrie presque parfaite, insufflant au récit un rythme posé et d'une fluidité sereine. Extrêmement lisible.

Le ton et l'atmosphère du film est d'une gaité égale étonnante. Les auteurs privilégient la comédie de bout en bout. Pour les personnages, quand les évènements sont contraires, le spectateur reste persuadé que cela n'a pas d'importance et que de toute manière cela ne durera pas. Jamais le film n'effleure la gravité. C'est aussi ce sentiment incroyable de sécurité qui me fait dire que le traitement est édulcoré. Pas une mouche dans le lait. Pas de violence, pas de malheur, pas une once de crainte. En somme le film prend des airs irréalistes, sans pour autant tomber dans l'absurde. Un film fantaisie, un film bonbon.

La musique souligne encore plus cet aspect aérien. Une chanson signée Boby Lapointe et chantée par Bourvil revient en fond musical tout le long du film (au moins dans le sifflement insouciant de Bourvil). "Aragon et Castille" dans le style inimitable de Lapointe est une chanson gaie, presque loufoque, heureuse de vivre, une chanson de pinson rieur et se marie idéalement au ton guilleret de tout le film.

Pour finir... bordel, j'ai cru que je n'arriverais jamais au bout de cette critique! J'ai une excuse : je ne comprends toujours pas pourquoi j'aime ce film. D'intrigant, cela devient presque obsédant. Il me faut chercher des explications, mettre des mots là-dessus. Force est de constater que je demeure perplexe devant ce flot d'hypothèses plus ou moins élaborées. Reste que je ne sais pourquoi les multiples détails chronologiques me transportent autant. Difficilement analysable.
Pour finir, donc, le film permet de retrouver des comédiens, des têtes familières qu'il est si agréable de revoir.

Bourvil joue Bourvil. On a droit à une scène d'ivresse. C'est un passage obligé. Pierre Dux ne fait pas d'étincelles mais son rôle est bien tenu, il tourne à l'essentiel.

Jacqueline Noëlle est jolie mais son jeu ne dépasse pas l'ordinaire.

Des sœurs Grey, seule Denise a un rôle important. Elle est déjà vieille, c'est incroyable.

Annie Cordy quand elle était jeune, était d'une beauté sidérante. Si un jour on m'avait dit que je louerais la beauté d'Annie Cordy... foutre!



Parmi les acteurs qui participent de la bonhomie générale du film, Louis Bugette est immanquablement en première ligne, souriant, jovial, fort sympathique.

Dans le bar, le patron me dit quelque chose, impossible de retrouver son nom mais je parierais volontiers sur Paul Faivre.

Quel plaisir de retrouver Maurice Biraud en train de faire son numéro de gouailleur au BHV! Petit passage mais pleinement réussi.

De même pour Louis de Funès, qui fait mouche en garde champêtre vicelard et chevelu.

En faisant les captures, quelle ne fut ma stupéfaction de découvrir parmi les clients rigolards du bar se trouvait le jeune Charles Denner, merde alors!

Elle, je ne retrouve pas son nom, mais sa jolie binette me dit quelque chose!

Un tout petit rôle de Charles Lemontier :

René Havard, tout aussi petite apparition :

Gérard Sabatier :